05.02.2020

Le week-end dernier, la section Trampoline organisait deux événements au gymnase Delpla. Le samedi regroupait les sauteurs franciliens des filières nationales et élite pour la première épreuve sélective pour les championnats de France. Le dimanche était réservé pour la Coupe du 92. Des jeunes de la filière fédérale venaient sauter. Ce fut l’occasion de découvrir un sport confidentiel mais qui en met plein les yeux. Et d’en savoir plus sur nos athlètes de haut-niveau, en quête olympique. Rencontres.

Les résultats de l’épreuve sélective aux championnats de France

Les résultats de la Coupe du 92

Les photos de la Coupe du 92 par Philippe Da Silva

Le trampoline est un sport olympique depuis l’édition de Sydney en 2000. La levalloisienne Marine Jurbert a été la première française a participé à Rio en 2016. Aujourd’hui, les deux amies qui sautent ensemble en synchronisé se « disputent » la place pour partir à Tokyo.
C’est une discipline acrobatique et cardio. Un passage entier dure environ 45 secondes avec les chandelles d’échauffement pour prendre de la hauteur. A partir de la première figure, les sauteurs enchaînent dix figures en 20 secondes. Les athlètes féminines montent à 6/7m de haut alors que les messieurs peuvent aller à 8/9m.
En compétition, les athlètes font deux passages. Le premier est constitué de figures simples imposées pour tous les participants et de quatre figues libres comptant pour les points de difficulté. Mais attention, ces figures ne doivent pas être présentes dans le deuxième passage qui est un programme libre. Ce programme peut être le même depuis 10 ans comme celui de Redha Messatfa ou être renouvelé tous les 3 ans comme c’est le cas pour Marine Jurbert.
Huit juges notent. Cinq jugent l’exécution des placements et des techniques et trois pour la difficulté. Dans leur mission, ils sont aidés par les machines situées sous les toiles des trampolines qui calculent le temps de vol et le placement sur la toile.


Léa Labrousse, malade, n’a pas sauté car elle s’est sélectionnée en octobre 2019 aux Masters de Colomiers. Avec Marine, elle a participé à l’épreuve synchronisée.
Léa, c’est 1m56 pour 51kg.

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Léa, ça fait quoi d’avoir remporté le quota olympique pour la France lors des derniers Mondiaux ?

« Je suis fière d’avoir réussie une belle compétition. Le quota était l’objectif premier. Car c’est un rêve de toujours de participer aux Jeux olympiques. C’est toujours une fierté le justaucorps de l’équipe de France et en plus ils sont beaux ! »

Quel est ton chemin vers Tokyo ?
« C’est une sélection entre sauteuses avec la Fédération. Le but est d’accumuler un maximum de points. Je serai donc présente à deux Coupe du Monde. Bakou (Azerbaïdjan) à partir du 12 février et Brescia (Italie) en avril. L’objectif sera de finaliser mes points pour valider ma place pour les Jeux Olympiques. Puis, il y aura les championnats d’Europe début mai en Suède. Objectif médailles en individuel, synchronisé et par équipes. Et enfin, les championnats de France en individuel en juin avec l’objectif de gagner en individuel et en synchronisé. Si je suis sélectionnée, la préparation se fera de juin à août. Encore une fois, l’objectif est de gagner. »



Quel est ton quotidien ?
« Je m’entraîne deux fois par jour le lundi, mardi, jeudi et vendredi. Une fois le mercredi et le samedi matin. Les matinées, pendant 1h30, sont réservées à la technique et à la musculation. L’après-midi, c’est 1h30 de figures pour préparer le programme libre."

Quelle est ta figure préférée ? Et celle que tu aimes le moins ?
"Ma préférée, c’est le trifle carpé soit trois tours avec un demi-tour à la fin. Celle qui j’aime le moins c’est le rudy out soit deux tours en avant avec une vrille et demi à la fin."


Marine, déjà sélectionnée aux championnats de France, a participé à domicile à l’épreuve sélective.
Elle mesure 1m65 pour 54kg.


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Ca fait quoi de « se disputer » la place olympique avec Léa ?
« Le but est que la meilleure représente la France aux Jeux. Chacune veut sa place. J’ai envie d’y retourner pour faire mieux. Mais c’est sain entre nous. On sera contente pour celle qui part »

Justement, tu as été la première française à participer aux Jeux. Ca fait quoi ?
« C’est une très grande fierté car enfin la France était représentée. Sur le cycle d’avant, Marina avait raté la sélection a un point. »

Tu es déjà qualifiée pour les championnats de France, pourquoi sauter à cette sélective ?

« C’est cool d’être ici, je me sens en famille. Et c’est important pour le club d’avoir ses athlètes qui sautent »

Quand tu penses aux Jeux, tu penses à quoi ?
« Aller chercher une médaille. Et terminer le haut-niveau à Paris en 2024. J’ai débuté la compétition en région parisienne avec mes premiers championnats de France à 6 ans et demi. Alors finir à Paris, ça serait boucler la boucler »



Quels sont tes autres objectifs sportifs ?
« Gagner le titre en synchronisé aux championnats du Monde. Le titre mondial est différent des autres. J’ai envie de le gagner avec Léa."

A quoi ressemble ton quotidien ?
« Je m’entraîne à l’INSEP et je suis des études de kinésithérapeute. Cette année, j’ai mis l’accent sur le trampo. L’an dernier, j’ai passé les matières importantes pour être plus tranquille cette saison olympique. Je voulais un métier utile. Avec mon parcours de sportive, les kinés m’ont sauvé. Alors je souhaite également aider à mon tour. »

Si tu devais faire un autre sport, ça serait lequel ?

« Un sport artistique. Le patinage peut-être. Mais j’ai la passion du trampoline depuis toujours. Dès que je suis montée sur un trampo, j’ai su que c’était ce sport et pas un autre. Car il y a cette sensation de liberté, de légèreté, de relâchement. Je ne l’explique pas mais c’est le trampoline. »

Comment se passe votre duo avec Léa sur le synchronisé ?
« Ca se passe très bien. On a la même hauteur, le niveau similaire donc c’est top. Pour savoir où elle en est, je l’écoute. J’écoute sa respiration et le bruit qu’elle fait dans la toile. »

Quelle est figure préférée ?
"Le filol qui est un double arrière tendu avec une vrille dans chaque tour. J’ai mon programme depuis deux/trois ans et ça fait un an que j’en prépare un autre en parallèle."


Redha Messatfa revient de petite blessure et a profité d’être à domicile pour juger la compétition. Il est également déjà sélectionné aux championnats de France. En effet, pour alléger le calendrier national, la Fédération française de gymnastique a pris la décision que les sauteurs finalistes aux derniers championnats de France et qui participent aux Masters de Colomiers sont automatiquement qualifiés pour la prochaine édition.


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Quel est ton programme des prochains mois ?

« Je vais jouer ma qualification aux Jeux olympiques fin mai lors des championnats d’Afrique. Je dois remporter le quota olympique pour l’Algérie qui sera donc nominatif. C’est le plus gros objectif de ma carrière. Redha contre ma tête, j’essaie de minimiser. J’enchaînerai avec les championnats de France individuel. J’y viserai le podium en indiv et le titre en synchro. Ça fait deux ans qu’avec Pierre Gouzou de Bois-Colombes que nous sommes deuxièmes. Mais avant, les 24 et 25 avril, il y aura les championnats de France de clubs par division. L’objectif sera de faire un podium et de gagner face à Sevran. Et plus proches de nous, les deux Coupe du Monde pour se mettre dans le bain, réduire l’attente avant les JO, continuer à se présenter face à un jury, rester dans la compétition et progresser dans mon programme. »



Quel est ton parcours sportif ?
« J’ai découvert le trampoline à la Ruche de Levallois en même temps que l’athlétisme et le judo. J’ai fait ma première compétition en équipe de France en 2005 en participant aux championnats du Monde par catégorie d’âge. La dernière était en 2015. Suite à une grave blessure au genou avec opération, j’ai mis un an et demi à récupérer mon niveau et ma motivation. Fin 2016, j’ai reçu une proposition de l’Algérie suite à l’ouverture du quota olympique pour l’Afrique. Je prends compétition par compétition. Je prends du plaisir. On verra après Tokyo ce qu’il se passe et ce que je fais. »

Quel est ton quotidien ?

« Je m’entraîne à l’INSEP en bi-quotidien tous les jours de la semaine et le samedi matin. Le matin, de 10h à 12h, on travaille la technique, le premier passage et de la musculation. L’après-midi, de 14h à 17h, on répète le programme libre. »

En dehors du trampoline, tu voudrais faire quoi ?

« Je souhaite rentrer dans une école de management sportif en alternance. Je pense que mon parcours sportif sera un atout."

Quelle est figure préférée ?

« J’aime faire le randy out carpé qui est deux rotations avant et deux vrilles et demi dans le deuxième tour. »


Ces trampolinistes de haut-niveau font la fierté de Lionel Pioline, le président de la section. Le double champion du Monde en individuel en 1984 et 1986 est un président heureux. Il s’est confié sur son parcours de sportif, sur sa carrière extra-sportive et sur la section.



« La section organise depuis toujours des compétitions : des championnats régionaux et nationaux, des Coupes du Monde, … L’intérêt de faire une organisation comme la sélective aux championnats de France est d’être à domicile avec tous les sauteurs des clubs franciliens. Nos sauteurs professionnels sont un moteur pour la section. Les jeunes sont en partage avec l’élite. Léa, Marine et Redha sont des modèles. Nous avons de la chance d’avoir cette transversalité entre les loisirs, les jeunes et le haut-niveau. Ils accompagnent, donnent des conseils. Les valeurs de la section sont autour de l’engagement car tout le monde s’investit. Les entraîneurs sont passionnés, les jeunes jugent. Il y a un vrai sentiment d’appartenance et une démarche collaborative.
Je suis un président heureux. Je suis dans l’intérêt de tous. On se questionne sur ce qu’on peut apporter de mieux pour tout le monde. Nous sommes tous complémentaires. Je me sens utile.



Si c’était à refaire, je refais tout pareil. J’ai grandi à Bois-Colombes où toute l’équipe de France s’y entraînait. J’ai découvert le trampoline en centre de loisirs. Puis, j’ai été repéré pour aller en club. Et l’histoire a commencé comme ça. J’ai fait mes premiers championnats du Monde en 1978, j’avais 13 ans. J’étais le plus jeune de l’histoire. Le titre mondial par équipes en 1982, on est allé le chercher avec les copains du centre de loisirs de Bois-Colombes où j’ai commencé le trampoline. Mon seul petit regret est de ne pas avoir été champion du Monde en synchronisé. Il était vraiment à portée de mains en 1982.

J’ai terminé ma carrière en 1988 à 23 ans. A l’époque, dix ans de haut-niveau c’était l’engagement. J’étais précoce. J’ai ainsi débuté ma carrière d’artiste de cirque dans le trampoline artistique. C’est dans ce cadre que j’ai participé aux plus grands événements sportifs mondiaux tels que la cérémonie d’ouverture de la Coupe du Monde de football au Stade de France en 1998 et celle des Jeux olympiques de 1992 à Barcelone. J’ai voyagé dans le monde entier avec les anciens de l’équipe de France avec qui nous avons monté une troupe"